
Et si ce n’était pas un manque de volonté… mais une protection ?
Je ne sais pas exactement quand c’est apparu.
Mais j’ai grandi avec cette phrase, collée à la peau, comme une vérité :
« Je n’ai aucune volonté. »
Pas comme un doute. Comme un fait, une évidence que j’habitais.
Il y avait les autres — ceux qui tiennent, qui persévèrent, qui vont au bout. Et puis il y avait moi.
Celle qui lâche. Celle qui se décourage. Celle qui “n’est pas faite pour ça”.
Pendant longtemps, je n’ai même pas cherché à remettre ça en question.
Quand une croyance est ancienne, elle ne se discute pas.
Elle organise ta vie en silence.

J’ai longtemps cru que la volonté était une force que je n’avais pas.
Pendant longtemps, pour moi, la volonté était une force mentale, une énergie intérieure qui permettait de tenir, de persévérer, de passer à l’action, même quand c’était difficile, même quand on n’en avait pas envie.
Un moteur.
Quelque chose que certaines personnes avaient… et d’autres pas. Comme moi.
Je regardais les sportifs, les entrepreneurs, les mamans multipotentielles parfois même aidantes, qui gèrent enfants, handicap, et activités professionnelles, ou encore les personnes dites “disciplinées”.
Et je me disais que, visiblement, je ne faisais pas partie de ce clan-là.
Que ce n’était pas moi, je n’étais pas faite pour ça.
Que je manquais de ce fameux ingrédient que je croyais nécessaire et indispensable pour réussir, pour aller au bout, pour accomplir de grandes choses.
Comme s’il y avait une sorte d’élite, et que je n’étais pas parmi les « élus » capables de ce qui me semblait surhumain !
Et sans même m’en rendre compte, je commençais déjà à me mettre à distance de mes propres élans.
Le mot volonté vient du latin voluntas, qui signifie : désir conscient, élan intérieur, orientation choisie.
La racine vol- est la même que :
vouloir
vouloir dire
volition
👉 À l’origine, la volonté n’est pas une contrainte, c’est une direction intérieure.
Symboliquement, la volonté n’est donc pas :
se forcer
tenir coûte que coûte
lutter contre soi
Mais :
savoir ce que l’on veut
sentir ce qui est juste
orienter son énergie dans ce sens
Quand il n’y a plus de clarté intérieure, la volonté disparaît.
Pas parce qu’elle est absente.
Mais parce qu’elle n’a plus de cap.
Pour moi, la compétition, l’effort prolongé, l’endurance n’étaient pas des défis à relever, ni des terrains de jeu où se dépasser, mais plutôt des situations dans lesquelles je sentais qu’il allait falloir tenir, résister, ne pas flancher, même quand quelque chose en moi n’en avait plus envie.
Ce n’étaient pas des espaces neutres. Et si les autres donnent l’impression de se sentir en vie, dans ces challenges. Moi ça me coupait de la vie.
Je ne voyais que ce qui « fait mal » dans ces comportements : la dureté des uns, la mauvaise foi, le manque de souplesse, de douceur, la frustration, ou la colère de ceux qui vivaient les échecs comme un drame.
Ou l‘ego surdimensionné de ceux qui arrivaient à tout, et qui créaient une sorte d’échelle de niveaux de supériorité, qui me faisaient ressentir à quel point je n’étais pas assez, pas capable, inférieure..
C’étaient des endroits où la comparaison était permanente, où il fallait continuer coûte que coûte, où l’on pouvait être vue, évaluée, jugée, parfois sans même savoir sur quels critères.
Des espaces où l’erreur semblait dangereuse, où s’arrêter donnait l’impression d’échouer, où il fallait prouver.
Et bien avant que je puisse mettre des mots là-dessus, mon corps réagissait déjà.
Les épaules se crispaient. La respiration se faisait plus courte, le ventre était noué, la voix cassée. L’énergie s’éteignait.
L’attention se focalisait non plus sur le plaisir ou l’élan, mais sur le risque, l’enjeu.
Alors, sans décision consciente, sans réflexion élaborée, quelque chose en moi cherchait une porte de sortie, une manière de réduire la tension, d’éviter l’exposition, de retrouver un semblant de sécurité.

Fuir n’est pas un manque de volonté.
C’est souvent une tentative de se protéger.
Ce n’étaient pas des défis. C’étaient des menaces.
Des menaces par rapport à ce que je pourrais ressentir si je n’étais pas capable de faire aussi bien, une menace liée aux enjeux, me déconnectant de toute notion de « JEU du JE ».
Cette notion qui apporte l’adrénaline, qui renforce le sentiment et de sécurité de la réalisation, de l’expérience, et de la reconnaissance.
À ce moment-là, je n’avais pas les mots, ni même conscience que ça existait : pour parler de système nerveux, de mécanismes de survie ou de stratégies de protection.
Alors j’ai fait ce que l’on fait tous quand quelque chose nous dépasse intérieurement : j’ai cherché une explication simple, compréhensible, presque rationnelle.
Un raccourci. Des cases, pour m’y ranger bien sage et ne déranger personne, surtout pas me bousculer, moi.
Un raccourci efficace, parce qu’il mettait un couvercle sur ce qui était trop inconfortable à ressentir, trop flou à comprendre, trop insécurisant à regarder en face à ce moment-là de ma vie.
Un raccourci qui m’a permis de continuer à avancer sans me poser trop de questions.
Sans aller sentir l’insécurité juste en dessous: tout ce que je craignais de ressentir si je n’obtenais pas le résultat attendu. Que ce soit attendu par les autres, et surtout par moi.
La réalité, c’est que je passais déjà ma vie en vigilance pour « être comme il faut », et ne décevoir ou déranger personne, mon système interne de survie n’était pas en capacité de réguler un chaos de plus, lié au risque de mettre en péril ce besoin de paraitre encore « plus parfaite ».
Comme je le disais, avec le temps, ce raccourci est devenu une évidence. Une façon de me définir.
« Je n’ai pas de volonté. » Pas comme une hypothèse.
Comme une caractéristique de ma personnalité.
Je regardais les autres persévérer, s’accrocher, “aller au bout”, et quelque chose en moi se refermait.
Pas par jalousie. Plutôt par résignation.
– Eux peuvent.
– Moi non !
Et sans m’en rendre compte, j’ai commencé à associer certaines qualités — l’endurance, la constance, l’ambition, la persévérance, la discipline — à un type de personnes bien précis.
Les battants. Les performants. Ceux qui réussissent “vraiment”.
Autrement dit : pas moi.
J’ai même fui tout ce qui était de l’ordre de la rigueur, de l’injonction, de la discipline, de l’organisation, de la planification.
Croyant que c’était une sorte de mue, pour me détacher des injonctions liées à mon éducation, à l’identité que je m’étais créee pour correspondre à ce que ma famille adoptive puis mes employeurs, attendaient de moi.
Comme si après 30ans, j’avais besoin de couper ce cordon, pour enfin être moi-même, comme une rébellion d’adolescente.
En explorant la volonté à travers les neurosciences, le fonctionnement du cerveau, puis celui du système nerveux autonome, quelque chose a commencé à se déplacer en moi.
– Pas brutalement.
– Progressivement.
Parce que plus j’apprenais, plus je faisais un lien évident entre mes pensées, mes réactions, et des mécanismes beaucoup plus anciens que ma vie d’adulte. Et surtout j’étais beaucoup plus dans mon ressenti physique et émotionnel.
J’étais enfin connectée à ce que mon corps essayait de me dire, à ce que mon mental se racontait pour le faire taire ou le fuir.
Et j’ai pu mettre en lumière, prendre conscience de ce qu’il se jouait inconsciemment. Par habitude, par méconnaissance, par conditionnement, par peur et donc pour me protéger simplement.
– Je ne manquais pas de volonté.
– Je fonctionnais en automatique.
En mode survie.

Ce n’était pas la femme adulte qui décidait. C’était la petite fille en quête de sécurité.
Quand je me disais “je n’ai pas de volonté”, ce n’était pas la femme adulte qui parlait.
C’était une petite fille qui avait appris très tôt à s’adapter pour être aimée, acceptée, en sécurité.
Cette petite fille :
observait beaucoup
anticipait
se conformait
évitait les zones de danger

Quand la sécurité intérieure revient, l’élan devient naturel.
Pour elle, la compétition, l’effort prolongé, l’endurance ne faisaient pas partie de ces expériences qui stimulent ou donnent envie de se dépasser.
Elles résonnaient plutôt comme des espaces où il fallait prouver, résister, ne pas faillir.
Où l’on pouvait être exposée, comparée, ramenée à ce que l’on ne faisait pas assez bien.
Alors le corps anticipait. La respiration se faisait plus courte.
Et sans même s’en rendre compte, une stratégie se mettait en place : éviter, fuir, se retirer.
Ce n’étaient pas des défis.
“Ce n’est pas pour moi. Je n’ai pas de volonté.”
Je me souviens très bien d’une chose.
Petite, quand je faisais du vélo en montée, si la personne devant moi s’arrêtait de pédaler, j’avais envie de faire pareil. Pas parce que je n’en étais pas capable.
Mais parce qu’à ce moment-là, mon corps lisait l’arrêt de l’autre comme un signal de danger : “si elle s’arrête, c’est que c’est trop dur”.
Alors je me racontais que je manquais d’endurance, que je n’étais pas faite pour l’effort.
Avec le recul, je vois autre chose : une stratégie de protection, pas un défaut.
C’étaient des menaces.
Alors elle a trouvé une stratégie simple, efficace :
Ce n’était donc pas une vérité, mais « ma réalité ».
Préférant les espaces, et les comportements que je connaissais « le faire bien, être discrète, ne pas se faire remarquer, éviter de décevoir, rester à sa place, et dans l’ombre sans faire de vagues. » Avec cette identité auprès des autres : « ce n’est pas une jeune fille à problèmes, on peut compter sur elle, elle est autonome ». Ce qui se traduisait dans la réalité par « je suis bien élevée, je respecte les règles et j’évite l’inconnu, les défis ou ce qui peut m’apporter des problèmes inconnus ».

Je n’avais pas moins de valeur.
Je croyais juste que certaines qualités n’étaient pas pour moi.
En ralentissant, en travaillant seule, en me mettant davantage en sécurité intérieure, tout ce que j’avais longtemps tenu à distance a commencé à remonter.
Pas d’un coup.
Pas violemment.
Mais parce que, quand le système nerveux se sent suffisamment en sécurité, il n’a plus besoin de maintenir le contrôle. Il peut relâcher.
Et c’est là que quelque chose est devenu évident pour moi :
Je n’ai jamais manqué de volonté.
J’ai longtemps agi à partir d’une part de moi qui cherchait avant tout à ne pas revivre certaines sensations, certaines peurs, certains états internes trop inconfortables.
On parle souvent de manque de volonté quand on cède à une tentation.
– Quand on procrastine.
– Quand on remet à plus tard.
– Quand on “craque”.
Mais la vraie question n’est pas : Pourquoi j’ai craqué ?
La vraie question est :
De quoi est-ce que je me protégeais à ce moment-là ?
Quand cette question est posée sincèrement, sans jugement, quelque chose change.
La honte baisse. La lucidité augmente. Mais la lucidité n’arrive, que lorsque notre système de survie est en sécurité (en vagal ventral) : que nous sommes capables d’accueillir et de respecter sans jugements ce qui nous traverse, surtout dans ces moments de doute, de peurs, d’enjeux, de remises en questions, d’inconnu.
Attention aussi à ces fausses récompenses que l’on s’accorde pour tenir… et qui finissent par nous faire culpabiliser : ce que l’on appelle la compensation morale.
Attention à la fausse récompense : celle qui soulage sur le moment… et fait culpabiliser après.
Il y a aussi ces moments où, après avoir fait un gros effort, on s’accorde quelque chose “pour se donner du courage” ou se récompenser « je l’ai bien mérité, et où l’on se sent moins bien après qu’avant.
Ce qu’on appelle la compensation morale.
La compensation morale, c’est quand tu t’accordes quelque chose que tu sais mauvais ou pas juste pour toi, sous prétexte qu’avant tu as fait quelque chose de bien.
– La cigarette à la pause après un gros travail.
– Le verre de vin en rentrant d’une grosse journée.
– Le gâteau pour te redonner du courage, alors que tu essaies justement d’avoir une alimentation plus équilibrée.
– Le texto à ton ex, alors que tu avais tenu si longtemps sans le recontacter.
Sur le moment, ça soulage. Après, tu t’en veux.
Une fois l’élan retombé, tu te racontes une autre histoire :
– Je ne suis pas capable,
– Je n’y arrive jamais,
– Je me sabote.
Et tu te racontes que tu manques de volonté, alors que tu étais surtout fatiguée et en train de chercher à relâcher la pression.
Le cerveau adore ça. Pas parce que nous sommes faibles.
Mais parce que la promesse de récompense déclenche déjà une sensation agréable.
Alors que, très souvent, ce n’est pas un problème de volonté.
C’est un problème de sécurité intérieure.
D’un point de vue neuroscientifique, la volonté n’est pas une force et n’est pas un trait de caractère.
C’est une fonction cérébrale, située principalement dans le cortex préfrontal, la partie la plus récente du cerveau sur le plan évolutif.
Ce cortex préfrontal permet trois choses essentielles :
décider consciemment
inhiber une impulsion
orienter un comportement vers un but qui a du sens
Autrement dit, la volonté n’est pas ce qui pousse à agir coûte que coûte,
mais ce qui permet de choisir entre plusieurs options possibles.
Faire.
Ne pas faire.
Vouloir.
👉 La volonté apparaît après une évaluation :
Est-ce que c’est juste pour moi ? Est-ce que ça a du sens ? Est-ce que je suis en sécurité ?
Si le cerveau ne perçoit pas de sens ou de sécurité, la volonté ne se met pas en ligne.
C’est là que beaucoup de gens se trompent.
La volonté ne fonctionne pas indépendamment du système nerveux autonome.
Elle dépend de lui.
Quand le système nerveux est :
régulé
apaisé
en sécurité
👉 le cortex préfrontal est accessible
👉 la personne peut choisir, inhiber, décider, persévérer
Mais quand le système nerveux est en mode survie (stress chronique, insécurité, pression, fatigue) :
le cerveau priorise la survie
les zones réflexes prennent le relais
l’accès à la volonté diminue fortement
Dans cet état-là, la personne peut :
procrastiner
céder à la tentation
éviter
se figer
Et ce n’est pas un échec.
C’est une réponse biologique cohérente.
👉 On ne peut pas “activer” la volonté dans un corps qui se sent menacé.
Culturellement, on a associé la volonté à :
l’effort
la résistance
la performance
la capacité à se faire violence
Mais biologiquement, la volonté ne fonctionne pas par contrainte.
Elle fonctionne par alignement.
Quand quelqu’un dit : « Je manque de volonté »
Très souvent, cela veut dire : « Une partie de moi ne se sent pas en sécurité ou ne voit pas le sens. »
Ce n’est pas un manque. C’est une information.
Quand j’accompagne quelqu’un qui dit manquer de volonté, je ne cherche pas à la motiver.
Je ne lui donne pas de conseils pour “se discipliner”.
Je ne lui demande pas de se forcer.
Nous faisons tout autre chose.
Nous observons ensemble ce qui se passe avant l’inaction.
– Ce qui se passe dans le corps.
– Ce qui se passe dans les pensées.
– Ce qui se passe dans l’histoire personnelle.
Nous mettons en lumière les mécanismes de protection, les conditionnements, les loyautés invisibles, les auto-sabotages, non pas pour les corriger, mais pour les comprendre.
Parce que ce qui est compris n’a plus besoin d’être répété. Et que ces « objectifs de survie » prennent le dessus par rapport aux objectifs de vie. Et viennent bloquer toute tentative de dépasser le connu, le confort, la sécurité d’hier par peur de l’enjeu de demain, pour notre système de survie.
Ex : je n’ose pas investir, ou prendre un crédit pour mon entreprise, si je porte la mémoire que faire faillite peut détruire une famille ou des vies (suicide d’un ancêtre pour des problèmes d’argent, divorce des parents à cause d’une situation professionnelle ou problèmes liés à l’argent..)
Je fais vivre des expériences d’introspection, de régulation, de mise en conscience, qui permettent de sortir du mode automatique et de retrouver une capacité d’agir alignée, sans violence intérieure.
Tu ne viens pas chercher une stratégie pour être moins dans la flemme, moins procrastiner, ou plus volontaire.
Ca se sont les effets.
Tu viens explorer ce qui te conduit à réagir ainsi par survie.
C’est en mettant de la conscience sur ce qui se joue pour toi, par rapport à qui tu es, ce que tu portes et là où tu en es, que tu vas pouvoir comprendre, ce qui se joue et libérer ou déprogrammer ce qui te limite.
Si en lisant cet article, tu as senti que ce n’était pas un problème de volonté, mais quelque chose de plus profond qui se jouait en toi, alors c’est exactement ce que je fais vivre en séance.
Pas pour te forcer à changer, ni pour te “motiver”, mais pour comprendre ce qui se met en protection, apaiser ce qui est en tension, et retrouver un élan juste pour toi.
Tu peux me contacter pour un échange découverte, gratuit, pour sentir si cet accompagnement est juste pour toi, là où tu en es aujourd’hui.
Et écouter mon Podcast Les Chroniques de l’Eveil, dans lequel je t’explique ce qu’il se joue en nous, dans nos réactions, et comment vivre avec plus de sérénité, notre relation à nous-même et aux autres.
Pour plus d’infos sur l’introspection, découvre mes ressources offertes.
Avec amour et compassion,
Julie Michaux